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9 mai 2013 4 09 /05 /mai /2013 17:33

Ehttp://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/1/12/Craie1.jpgn matière de pédagogie, j'ai tendance à me méfier d'une méthode qu'on présente comme LA méthode efficace. C'est pourtant ce que certains tenants de la « pédagogie explicite » (ou 3ème voie) prétendent.
Je risque de me faire de nouveaux amis qui viendront ici me dire que je n'ai rien compris et qui vont se présenter en défenseurs de la pédagogie mais j'ai un certain retard à combler sur mon amie Mila Saint Anne. (1)

Non seulement je plaide pour une diversité des approches mais je vois aussi des limites certaines à ce modèle « explicite », en tout cas quand il est érigé en modèle permanent.

 

La pédagogie explicite qu'est ce que c'est ? (2)

 

D'emblée, elle s'oppose au socioconstructivisme. Il s'agit pour l'enseignant de guider, de manière très directive, le chemin (tracé donc par l'enseignant) en découpant le savoir de manière parcellaire. Invoquant le bon sens (dont je me méfie aussi beaucoup) en allant du « plus simple au plus complexe », elle se fonde sur des routines et prône un canevas de cours tout fait : Présentation des objectifs, rappel des pré-requis, présentation et explication des notions par l'enseignant (appelé « modelage » … sic), application automatisée et guidée, application autonome, révisions.
Progressions rigoureuses, « pas à pas », savoir au centre, automatisation, répétition, plus de français et de maths pour moins du « reste » (3)... nous ne sommes pas loin des théories du GRIP.

Soyons clairs tout de suite, je ne prétends pas que ce « modèle » est le mal absolu et qu'il faut s'en détourner à tout prix. Certains points peuvent être intéressants (explicitation des objectifs, réactivation régulière …). Ce fonctionnement peut se justifier sur certaines notions, sur certaines situations et à certains moments de l'apprentissage. Mais en aucun cas je pense qu'il soit judicieux d'en faire un fonctionnement permanent. Encore moins de prétendre à la « la nette supériorité de l’efficacité de l’enseignement explicite sur la pédagogie traditionnelle et la pédagogie socioconstructiviste ». On aimerait d'ailleurs comprendre cette grande différence entre la pédagogie traditionnelle et la pédagogie explicite. Si on prend l'exemple des manuels de mathématiques depuis des années, nous sommes finalement assez proches de ce guidage et de ce « pas à pas »...

 

Une diversité infinie de profils

 

Ce dont nous sommes sûrs, c'est que nos élèves présentent autant de profils d'apprentissages qu'il y a d'individus. L'homogénéité que souhaite et prétend créer (4) la méthode explicite n'existe pas et n'existera jamais.

Les gestes mentaux sont propres à chacun. Si certains évoquent sur de la symbolique (automatismes), d'autres le font sur du concret (hyper réalisme), de la logique ou de l'inédit (créativité). Ajoutons à cela le curseur auditif/visuel (curseur et non case) et que tout cela dépend des situations... Le geste de compréhension fait également appel à de nombreux profils : expliquants/appliquants , similitudes/différences, linéaire/global…
C'est donc dans la variété des approches et des situations que nous pouvons embarquer le maximum d'élèves. Ce que prétend faire la pédagogie explicite va à l'encontre de cette pluralité. Le geste de compréhension s'adresse alors davantage aux apprenants qui ont une approche temporelle du sens : le pas à pas, le linéaire. Quid de ceux ayant besoin d'une approche globale ? Ce n'est qu'un exemple mais il me semble symptomatique du problème.
De la même manière que le tout projet laisserait des élèves sur le bord de la route, le tout « guidé » ferme clairement la porte à d'autres. Ce terme « explicite » peut vite se transformer en « implicite » pour une partie de nos chères têtes blondes !
C'est en « arrosant large » que nous pouvons espérer toucher le plus grand nombre.

 

La stratégie du château de cartes

 

Proposer aux élèves un fonctionnement uniforme basé sur un processus très guidé ne favorise pas, à mon sens, le développement de la compétence « apprendre à apprendre », pourtant centrale et fondamentale. Comment faire en situation ? Comment partir de cette situation pour débloquer les verrous pour la résoudre ? C'est cela apprendre ! Et c'est bien cela que chacun rencontre tous les jours ou presque dans sa vie à des degrés de complexité variables.
En guidant, en modelant, en imposant un chemin en permanence, on limite l'émergence des représentations erronées, on limite les conflits cognitifs qui sont autant de ruptures nécessaires dans le cheminement de beaucoup d'élèves.

Les pédagogies actives permettent cela, tout comme elles permettent des moments de structuration et d’entraînement. Mais elles n'en font pas un préalable à tout. Construction et structuration ! A expliciter trop tôt, on prend le risque d'empêcher tout un pan du processus et de scléroser la diversification pédagogique. Se déclarer nettement supérieur comme le fait la « pédagogie explicite » paraît alors un peu étrange.

 

Baliser un chemin unique qui irait du plus simple au plus complexe en s'appuyant pas à pas sur des pré-requis me semble également problématique. Pour l'élève, il faut suivre et acquérir à l'instant T (celui prévu par l'enseignant) afin de construire le château de cartes prévu. Dans les faits, il finit souvent par manquer une, deux , trois cartes à un, deux, trois … élèves et l’édifice s'effondre ! Là où la pluralité des situations que nous pouvons proposer aux élèves constituent autant de portes d'entrée permettant une acquisition à plusieurs moments et sous des formes différentes.

 

Une méthode unique pour tous (qui plus est prenant appui sur de veilles lunes) me paraît être aux antipodes de la pédagogie qui se construit dans la diversité.

 

 

(1) Veuillez excuser ce private joke mais je lui devais !D'ailleurs les notes de bas de texte, c'est aussi une forme d'hommage …

(2) C'est le moment où on me dira que je n'ai rien compris... je ne reprends que des éléments que j'ai pu lire … En synthétisant, je prends le risque de me faire taxer de caricature mais les éléments que j'expose sont bien réels et publiés.
(3) Traduire « reste » par Arts, EPS, sciences expérimentales …
(4) « il est indispensable que chaque élève maîtrise ceux de son niveau avant d’accéder profitablementà ceux du niveau suivant.Cela permettrait des classes homogènesàchaque niveau, afin que de véritables relations entre élèves puissent avoir lieu. Tous partageraient alors le même capital de connaissances et d'habiletés. » Site de l'Association Pour la Pédagogie Explicite.

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commentaires

hsolatges 26/12/2014 13:06

Woaw. Beaucoup d'amis, en effet ! :)

guy morel 12/11/2014 23:49

Cher collègue,
Vous écrivez : "Progressions rigoureuses, « pas à pas », savoir au centre, automatisation, répétition, plus de français et de maths pour moins du « reste » (3)... nous ne sommes pas loin des théories du GRIP."
C'est gonflé d'écrire cela. À part "progressions rigoureuses" - au passage expliquez nous ce que peuvent être des progressions non rigoureuses - c'est très exactement l'inverse des "théories" du GRIP,qui sont infiniment plus proches de Freinet, resté lui dans la lignée de Buisson, contrairement à ses héritiers putatifs, que des partisans du bourrage de crâne et du formatage compétentiel préconisé par l'OCDE.

S.D 11/05/2013 16:02

Cher Guillaume

En lisant votre article, j'ai tout d'abord été offusquée car vous remettez sérieusement en question mon enseignement quotidien, celui choisi et enseigné dans mon pays du Nord. Je suis donc allée
immédiatement chercher des preuves de l'efficacité de l'enseignement explicite.

Le Canada est, par exemple, assez largement devant la France en terme de résultats en Français (ou en anglais, et souvent même pour les deux langues car il existe une multitude d'écoles
bilingues...), mais aussi en mathématiques et des sciences.

Voir : http://www4.hrsdc.gc.ca/auto/diagramme-chart/stg2/c_5_82_5_1_fra.png?20121002200059768

Ou encore : "Le Canada figure parmi les meilleurs pays de l’OCDE pour ce qui est de la compréhension de l’écrit, des mathématiques et des sciences, l’élève moyen obtenant 527 points. Ce score est
supérieur à la moyenne de 497 points de la zone OCDE. Les filles dépassent les garçons de 6 points,
moins que les 9 points d’écart moyen de l’OCDE." (Source : http://www.oecdbetterlifeindex.org/fr/topics/education-fr/ )

Mais ensuite, j'ai fini la lecture de votre article et je pense avoir compris votre petite erreur. Vous semblez croire que l'enseignement explicite ne donne qu'une façon de faire, qu'un seul
modelage ou qu'une seule méthode. Ai-je raison?

Or, ce n'est pas le cas. La première étape de l'enseignement explicite est bien de "modeler" une pratique aux élèves, oui. Mais la deuxième étape se concentre essentiellement sur l'appropriation
des élèves de leurs stratégies. C'est à dire, pour être bien claire, que les élèves peuvent reprendre notre stratégie mais sont fortement poussés à trouver la leur et nous passons beaucoup de temps
à présenter leur façon de faire à la classe.

Voir les deux dernières vidéo de ce lien : http://atelier.on.ca/edu/core.cfm?p=modView.cfm&L=2&modID=50&c=1&navID=modView

L'enseignement explicite n'est donc pas un modèle précis imposé aux élèves, mais plutôt, un modèle présenté par l'enseignant, suivi d'une multitude de façons de faire présentée par les élèves ou
même les parents (à la maison), réutilisables lorsqu'il s'agit d'affronter une tâche difficile. Lors de nos tests, d'ailleurs, nous demandons quasiment toujours à l'élève de présenter sur sa page
plusieurs stratégies, méthodes, qui l'auraient aidé à répondre à une question.

Si vous avez le souhait d'en apprendre plus à ce sujet, n'hésitez pas à me recontacter car je suis persuadée que votre article est né d'un malentendus sur nos méthodes :)

S.D

P.S : Par pitié, n'amalgamez pas le Canada avec le Québec. C'est un très grand pays, composé de 10 provinces et de 3 territoires. Les problèmes d'éducation au Québec lui sont propres. Il est temps
de se renseigner sur ce que fait le reste du pays ;)

Bernard Appy 11/05/2013 14:04

« Membre de l'APPEx depuis 2010, je peux vous dire que ce n'est pas sectaire (ca l'a été sans doute à ses débuts). »

Merci pour les fondateurs de l’association et les premiers adhérents. Leurs efforts pour lancer le mouvement à une époque où personne en France ne savait ce qu’était l’enseignement explicite se
trouvent bien récompensés grâce à ce genre de propos…

Cécile M 10/05/2013 17:10

Bonjour
Vous venez d'indiquer vos réticences a priori. Mais comme vous semblez ouvert d'esprit et prêt à remettre votre pratique en question, je vous propose de venir sur le site de l'APPEx (c’est en
surmontant mes a priori que j’y suis arrivée), de lire attentivement la trame d'une leçon et d'essayer une fois (ou plus…) avec vos élèves. Vous pourrez ainsi témoigner, a posteriori, des
avantages, des inconvénients et des difficultés rencontrées. Et il y en a ! C’est la raison d’être de notre liste de discussion : s’entraider à améliorer nos séances en pédagogie explicite. Pour
les autres types de séances, les sites, livres, formations, blogs ne manquent pas ! Je suis tout à fait d’accord avec « certains points peuvent être intéressants (explicitation des objectifs,
réactivation régulière …). Ce fonctionnement peut se justifier sur certaines notions, sur certaines situations et à certains moments de l'apprentissage. Mais en aucun cas je pense qu'il soit
judicieux d'en faire un fonctionnement permanent ». Il est donc dommage que les points intéressants ne soient pas connus des enseignants (j’en liste personnellement un peu plus que vous…) et que
chacun puisse se faire son opinion en toute connaissance de cause : il y a là un manque majeur dans notre formation en France.